L’élucidation

L’élucidation

 

L’élucidation :

Donner à voir ce qui a disparu et ce qui est en train de disparaître, que cependant, indissociablement liés, nous partageons nous autres humains avec l’ensemble des règnes du  vivant.

En effet, donner à toucher « une sculpture », (réalité)  qu’on aurait pas-même imaginée comme étant une vérité du vivant, c’est pour moi une manière d’utiliser le sensible pour aborder une métaphysique qui  questionne  notre rapport à la nature.

A partir du bois des arbres, ce que mon travail révèle n’est pas le produit de mon imagination, c’est la réalité des formes et du matériau qui existent en deçà des capacités physiologiques de nos organes percepteurs, dans ce microcosme de la vie végétale que constituent les graines.

En effet, j’utilise pour cela des loupes et microscopes parce-que  l’œil et la main ne suffisent plus dans ce rapport à l’intime.

Appréhender  le vivant, à partir de la plus petite partie dont il procède, et le restituer au delà  de sa taille dans le matériau-même qu’il a fait advenir. Cela me permet  de révéler les évidentes  proximités d’expressions formelles et physiologiques entre les organismes vivants: humain, animal et végétal.

C’est aussi un travail de réflexion sur la mémoire inscrite sur et sous l’écorce, mes sculptures qui évoquent cette perte et témoignent de l’existant. En ôtant de la matière j’ajoute du signe et du sens.

Je cherche en réalisant ce geste, à gratter le vernis de l’histoire qui a opacifié le magnifique tableau  de la nature primitive afin d’y retrouver quelque-chose de la présence humaine, celle de notre origine. En effet, dés l’aube de notre histoire humaine, lorsqu’on a identifié, ressenti, partagé, éprouvé l’existence des multiples formes du vivant dans son intimité, fut-il humain, animal ou végétal, alors un lien intelligent s’est tissé qui garantit l’existence, l’être ensemble.

Cependant, entre le Pléistocène supérieur et le néolithique, l’homme a commencé à polir la surface de ses outils en pierre. Ce geste n’est pas anecdotique, il est selon moi le premier acte artistique  émotionnel puisqu’il permet la création d’un objet, non plus seulement pour sa destination fonctionnelle mais, dans sa dimension sensuelle. Créer un  objet maîtrisé par la pensée et le geste, en poursuivant une quête de désir, de sensualité esthétique.

Par cette capacité autonome à générer du sens,  le geste  fonde  l’essence de l’humanité. Cependant,pour fondateur qu’il  fut, c’est aussi le geste par lequel  l’homme s’est émancipé de la nature.  Ainsi que l’histoire nous le montre, cela ne sera pas sans conséquences.

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